"[...] La philo-fiction à quoi aboutit la non-philosophie consiste moins à désassembler dans une dimension spectrale un système supposé donné qu'à le donner d'abord sous Identité humaine (étrangère pour ce système) et à décrire ce qui s'en déduit comme
« déconstruction » de la structure du système philosophique. D'une part l'opération est moins de spectralisation de la réalité, supplément réel à son idéalisation, que de fiction radicale, d'évacuation de toute solution mixte pour une unilatéralisation unique et simple. D'autre part elle porte sur la structure des systèmes philosophiques et de là éventuellement sur celle du système du texte, plutôt que d'abord sur le texte puis de là sur la philosophie (il y a une structure de la philosophie distincte de toute textualité).
[...]"

François Laruelle, Lettre non-philosophique du 9 novembre 2006., Déconstruction et Non-philosophie.




Philo-fictions, la revue des non-philosophies

Premier numéro : Fiction, une nouvelle rigueur


(Parution le 10/04/2009)

Ajout réussi, vous pouvez commander
La clandestinité
Les philo-fictions inaugurent un nouveau genre. Ce genre n’est pourtant pas littéraire, bien que la science-fiction nous inspire sans doute, car nous ne faisons qu’appliquer la même méthode. Le roman d’anticipation spécule en effet sur un progrès possible, et sur les changements qu’introduiraient dans la réalité certaines avancées techniques. Or, ces histoires, qui livrent volontiers une morale philosophique, sont en fait fondées sur une conception unitaire, et donc métaphysique, de la science. Certes, l’imagination des écrivains reste libre, mais elle est déterminée par l’état actuel des connaissances et des procédés, par les potentialités qu’ils recèlent, et par la conviction que ces changements matériels bouleversent profondément l’existence et le récit. Leur latitude se limite donc à fixer le développement des connaissances à un certain stade, pour envisager ensuite l’incidence qu’elles auraient sur l’humanité, l’éloignant plus ou moins de l’utopie.

La philo-fiction ne peut suivre la même voie, car, non seulement la philosophie reste étrangère au progrès tel qu’il anime les sciences, mais encore son influence sur l’homme n’est pas technique. Certes, les philosophes examinent la science et les techniques, formant des disciplines telles que l’épistémologie et la technologie, développant des critiques de la cybernétique et de la technocratie, mais leur réflexion se restreint de ce fait à l’usage politique du progrès. Ainsi la fiction n’est-elle admise dans leurs discours que si elle leur permet de camper une situation qui suscite ou valide une critique contemporaine.

Notre travail sera donc toujours dominé par cette triade que forment la science, la fiction et la philosophie, triade qui produit deux rapports bilatéraux, soit quatre combinaisons au total. La science-fiction conjecture le progrès technique et ses conséquences dans le simple dessein d’émanciper l’imaginaire du passé et du présent. Mais, elle ne cherche pas, le plus souvent, à nous projeter juste dans un futur proche, que prédéterminerait encore notre histoire et notre actualité ; elle s’efforce de rompre radicalement avec cette nécessité de dernière instance, pour ouvrir l’imaginaire et la raison à une contingence absolue ; aussi la philosophie s’empare-t-elle quelquefois de ce procédé pour universaliser une réflexion sur la technique et la politique, pour le plus souvent critiquer ce que la science rendrait possible, pour mettre en garde contre des risques.

À l’inverse, la science et la philosophie pures restent pourtant réfractaires à la fiction, si ce n’est sous la forme, pour cette dernière, de l’allégorie qui explicite et popularise ses théories. La philo-fiction n’est donc pas une philosophie qui utilise la fiction pour se faire comprendre ou un récit qui entend justifier un système, l’un et l’autre procédés se rejoignant sans cesse. Il s’agit pour nous, en partant de questions ou de thèmes précis, comme La clandestinité pour ce premier numéro, de réfléchir aux systèmes philosophiques qu’ils pourraient inspirer. Nous sommes convaincus que tout n’a pas déjà été dit, écrit, et qu’il est possible, au sein, en marge ou à l’extérieur de la philosophie, de penser autrement.

Conformément au titre de notre publication, la différence par rapport aux autres revues tiendra donc dans notre volonté de nous affranchir des écoles et des systèmes préexistants. Cela ne consistera pas à récuser la culture philosophique, qui est nécessaire à l’intelligence des problèmes fondamentaux, mais à en développer un certain usage, afin que, sous les auspices de la non-philosophie, naisse en nous une réflexion moins académique, une pensée des plus audacieuses.

Jean-Baptiste Dussert, le 25.07.2008

Fiction, une nouvelle rigueur



Auteurs :


Sommaire :

- Un théologisme, par Brouzes Etienne
La douloureuse solitude du nageur égaré dans les flots n’est pas une farce. Et pourtant, nous tiendrons ici que le grand mystère du monde peut, en quelque sorte, se résoudre en une charade.

The painful solitude of a swimmer lost in the waves is not a practical joke. However, here, we will assume that the world great mystery can, in a way, be summed up as a word puzzle.

- Wittgenstein, the storyteller, par Chauvin Marielle
Mots clefs : concept fictif, fantaisie linguistique, anthropologie, indicible, cécité

L’oeuvre de Ludwig Wittgenstein est déroutante pour un « bon élève » de philosophie. En effet, il ne faut y chercher ni construction théorique ni connaissance, il ne nous livre que des remarques sur notre façon d’utiliser le langage commun. Dès le Tractatus logico-philosophicus, ouvrage de logique, le philosophe nous engage à le dépasser, à le considérer comme dépourvu de sens, à en dépasser les propositions. La réflexion wittgensteinienne travaille aux limites de la signification et pour ce, elle va utiliser l’anthropologie religieuse et magique pour inventer ses propres fantaisies linguistiques. Wittgenstein cherche à montrer comment se forme le sens en créant des situations différentielles rendues possibles par l’usage de fantaisies linguistiques de type anthropologique. Selon lui, seuls « les concepts fictifs » sont à même de nous faire voir la façon dont nous comprenons.

Ludwig Wittgenstein's work is puzzling for a « good pupil » of philosophy. Indeed, you should look there neither for theoretical construction nor for knowledge, it delivers us only remarks on our way of using the common language. From Tractatus logico-philosophicus, work of logic, the philosopher undertakes us to exceed it, to consider it as meaningless, to exceed the propositions. The reflection works on the limits of the meaning and for it, it is going to use the religious and magic anthropology to invent its own linguistic whims. So, in a distance, Wittgenstein tries to show how forms the sense and, according to it, only the rigor of the « fictional concepts » is able to show us the way we understand.

- Rosalie superstar, par FdD
Mots clefs : cut-up, praxis, hermétisme, pataphysique, emblématique, henrysme

Un théâtre correspondrait-il à la non-philosophie ? La citation étant un procédé de neutralisation-réduction largement popularisé par la phénoménologie textualiste de l’Abbau, le cut-up peut-il en transférer l’usage plus radicalement, en en suspendant les corrélats herméneutiques autoritaires (étymologie, etc...) ? La rigueur la plus incisive peut-elle supporter l’humour le plus potache ; et notre amour s’éprouver encore au moment de le chausser du parodique cothurne qui fait boiter sa chair de merveille ?
Tenter ces problématiques sera en premier lieu l’occasion de performer une écriture de minoration : bien sûr, minorer les énoncés philosophiques, les rendre étrangers du fait de pratiquer par isolats et ainsi produire un hermétisme hiératique, dans la résolution d’assumer un vécu (du) Sacré ; mais surtout manifester un acte de coupure dispersive par antécédence qui introduise la démocratie, non seulement dans les décisions conceptuelles et leur kyrielle de thèses, mais dans les pratiques et leur multiplicité extra-logique, selon l’une souveraineté humaine (d’)une contemplation toute (d’)intimité, forclose aux intérêts universitaires.

Would a theater correspond to non-philosophy? The quotation being a process of neutralization-reduction widely popularized by the textualist phenomenology of Abbau, can the cut-up transfer its usage more radically, by suspending its authoritarian hermeneutic correlats (etymology, etc.)? Can the most incisive rigor bear the most schoolgirl humor ; or can our love still experience itself at the time of putting on the shoes of parodic buskin which makes its flesh-of-marvel limp?
To try these problems will be first of all the opportunity to perform a minor writing : naturally meaning to reduce philosophic statements, to make them strangers by practising with isolates and so to produce a hieratic hermetism, in the resolution to assume one lived of Sacred; but especially to show an act of dispersive-cut-by-antecedence, which introduces democracy, not only into abstract decisions and their piles of thesis, but also into the practices and their extra-logical multiplicity, according to the human-one-sovereignty (of) a whole-of-contemplation intimacy, debarred from the university interests.

- La non-philosophie comme philosophie militante, par Fontaine Patrick
Mots clefs : philosophie militante, militance, bonté radicale, identité, identité nationale, identité non-philosophique

Je pose dans cet article les bases de ce que j’appelle désormais « la philosophie militante », et j’y justifie particulièrement l’axiome de la bonté radicale, première conquête de la militance, dont l’origine platonicienne et l’échafaudage non-philosophique ont été exposés dans Platon autrement dit (L’Harmattan, 2007). Le style de ce texte est celui du discours militant, performatif, nécessairement performatif, c’est-à-dire d’une forme qui pratique sans délai ce qu’expose le fond.
Il est affaire de réception opérante : parce que la philosophie n’a jamais rien fait pour l’homme que le menacer et le mettre à son service, il convient de porter la philosophie dans la rue, sur la place publique, et de s’opposer ce faisant à toute pensée qui place l’idée au-dessus de l’homme. C’est ainsi que la politique ne doit plus être l’objet d’une simple déclaration d’intention ; doivent être mis en place les moyens républicains de dire l’identité, non pas nationale, surtout pas nationale, mais non-philosophique, et qu’enfin chaque citoyen se reconnaisse et se retrouve dans le discours public.
Ce discours public de l’identité prendra une première forme dans le Manuel Militant de l’Homme et du Citoyen.

The purpose of this paper is to lay the foundations of what I shall henceforth refer to as "militant philosophy" and to justify in more ways than one the axiom of radical kindness - the latter being the first achievement of that militancy whose platonic origin and non-philosophical origin have been dealt with in Platon autrement dit (L’Harmattan, 2007). The style of that text is akin to militant discourse and has - by definition- to be utterly performative - that is to propose a form that directly puts into practice what the content sets out.
It is a matter of effective reception: As philosophy has done nothing for men but to threaten and subdue them, we shall have to take philosophy out, into the streets and public places, and thus to oppose any thought putting ideas above men. As a consequence, politics shall not be limited to the mere statements of intentions. We will have to expound the republican means to assert identity: Not a national one -that is necessarily out of question - but a new, non-philosophical one. In that way, public discourse will at last bring fulfillment to each and every citizen.
A first outline of that public discourse of identity will be included in Manuel Militant de l’Homme et du Citoyen.


- Wheel inverse, par Gangle Rocco
Mots clefs : Algorithm, narrative, experimental fiction,

A small experiment in algorithmic narrative and its limits.

Une petite expérience de récit algorithmique et ses limites.

- Fiction des modèles, par Guelton Bernard
Il est admis que la recherche en science sollicite un travail de supposition et d’imagination. Cette activité de supposition et d’imagination peut-elle engager des liens avec la fiction ? Que faut-il alors entendre par « fiction » dans le domaine des sciences ? Si l’on peut repérer une forme de « contrat » à la base d’un rapport à la fiction, celui-ci ne peut pas être un contrat implicite comme dans les fictions artistiques. Il se doit d’être le plus explicite possible. Dans une activité de modélisation scientifique, ce contrat consiste-t-il à suspendre certaines conditions de vérité ? Que deviennent alors les perspectives de vérification et d’invalidation indispensables à la science ? Par ailleurs, que penser du prodigieux travail d’imagination à l’œuvre en cosmologie et en physique théorique ? Ne reproche-t-on pas à ce travail d’imagination et de formalisation dans la cosmologie contemporaine d’abandonner de plus en plus souvent les perspectives d’expérimentation et d’invalidation ?

La question de la modélisation sera privilégiée pour tenter d’approcher ces questions. L’histoire de l’éther et ses modèles en physique permet d’observer son évolution puis son abandon. Ce modèle de l’éther est-il devenu faux, inutile ou inadéquat ? Cela ne suffit pas à le déclarer fictionnel pour autant. Que penser par exemple des différents modèles de l’atome ? Quelle est la part entre une représentation inadéquate ou celle relative à une entité inexistante ? Ces distinctions entre une représentation inadéquate ou la représentation d’une entité inexistante ont-elles cours dans les fictions artistiques ? C’est ici qu’il convient de repérer non seulement la diversité des modèles en science, mais la nature des modèles en art afin d’examiner en quoi certains engagent un rapport à la fiction.

Au lieu d’opposer deux mondes antagonistes : art et science, la question d’un point de vue fictionnel ne pourrait-il assurer une certaine mise en relation entre pratiques scientifiques et artistiques ? Les conditions d’un changement de point de vue en art et en science en regard de la fiction sont finalement rarement explicités. Cependant, il va de soi que ni l’art — et certainement encore moins la science — ne peuvent être définis comme fictions. Au contraire, c’est dans une délimitation claire de ce qui relève de la fiction dans l’art ou dans la science que ces deux domaines apparaissent avec toutes leurs particularités. Néanmoins, ces délimitations, aux fondements de ces entités, n’empêchent nullement leurs fréquentations. Il s’agit alors d’observer comment ces fréquentations s’établissent d’au moins trois points de vue : 1) fréquentation de la science et de la fiction, 2) fréquentation de l’art avec la fiction, 3) fréquentation de l’art et de la science via la fiction. À travers ces fréquentations ou territoires, l’objectif sera d’esquisser des différences significatives entre fictions scientifiques et fictions artistiques.

- Prospective non-philosophique : rigueur du cycle de Kondratieff dans l’art haptique, par Kieffer Gilbert
Mots clefs : Kondratieff, cycle économique, crise, art, declin, philo-fiction

L’analyse de Kondratieff prend une nouvelle actualité dans le contexte économique mondial. L’hypothèse que des cycles longs dirigent les fluctuations de l’intérêt économique peut expliquer et donc anticiper les faits économiques eux-mêmes. Dans la démarche première de Kontratieff ou alors dans les reprises faites par d’autres penseurs comme Marx ou Schumpeter, l’analyse pourra se saisir des éléments structurels de la dialectique de Hegel. La démarche non-philosophique nous permettra alors de généraliser le propos à l’art. Les cycles longs dans l’art correspondent-ils au modèle de Kontratieff ? L’art haptique est-il donc programmé à disparaître ?

The intellectual rigour of Kondratieff’s long cycle pattern applied to the study of haptic art
Kondratieff's analysis takes on a new relevance in the global economy. The recent crash brings into the modern context the hypothesis that long cycles simulate fluctuations in economic interest and may explain, and even anticipate, economic events themselves. Analysis reveals the structural elements of Hegel's dialectic that underlie Kondratieff’s cycle theory. Using the non-philosophical approach we will then generalize about the purpose of art. Do the long cycles in art correspond to the Kondratieff model? Is haptic art bound to disappear?


- Le tsunami et le mythe du poisson-eau, par Laruelle François
Mots clefs : ondulatoire, superposition, effet tunnel, transcendantal, immanental, homme générique

Exercice de philo-fiction : comment multiplier l’un par l’autre plusieurs moyens de fiction, la philosophie, qui est déjà par elle-même « imaginaire », un certain usage scientifique (quantique) du nombre imaginaire ou complexe, afin d’atteindre un objet qui n’est plus trouvable dans l’une ou l’autre discipline. Multiplication qui est une affaire de traduction réciproque des deux discours sous certaines conditions. Ces conditions sont dites génériques, elles permettent la création d’entités à double face ou à double effet selon le moyen qui est choisi pour être répété comme réglant le fonctionnement de l’ensemble. De cette façon, à cause de cette dissymétrie, la philo-fiction n’est pas un mélange de styles ni une fiction littéraire sur la science ou la philosophie, ni une réduction scientifique et positive de la philosophie. C’est peut-être l’une des seules possibilités d’invention qui puisse succéder à l’épuisement et aussi bien qu’à l’excès de la philosophie. Ce que l’on appelle non-philosophie s’achève ou se consomme dans ce type d’invention qui finalement libère réciproquement les possibilités du discours philosophique et du discours scientifique.

- Une politique-f(r)iction, par Létoffé Sylvain
Nous interrogeons ici partiellement encore la discursivité politique, le montage qu'elle peut constituer et le démontage dont elle peut faire l'objet, mais plus encore l'usage qu'il peut revenir à chacun de faire d'elle. Cette discursivité peut être soumise à expérimentation hors les codes qui la régissent habituellement. La mise en évidence de ces codes est une tâche nécessaire, qui a pour but la constitution ou l'émergence d'une parole qui ne soit plus inféodée à la croyance Monde. Vers un anarchisme transcendantal ou démocratie des étrangers.

Here we are still partially examining political discursiveness, the assembly it may generate and the dismantling it may be subjected to, but, moreover, how everyone may be in charge of it.
This discursiveness may be confronted to experimentation, beyond the codes that  usually rule it. Demonstrating these codes is a necessary task, whose goal is the making and emergence of a word which is no longer enfeoffed to World belief. Towards a transcendental anarchism or an aliens democracy.

- Quelque chose rouge dans la philosophie, par Schmid Anne-Françoise
Mots clefs : scène généralisée, sang, coupure, résistance, hypothèse, axiome

Le texte qui suit est expérimental et théorique. Une scène de la philosophie est produite, puis défaite, pour mettre en évidence des caractérisations de la philosophie. Enfin, la question de savoir si la non-philosophie a des effets sur la/les philosophie(s) est dissoute par la distinction des notions d’hypothèse et d’axiome.

The text which follows is both experimental and theoretical. A stage of the philosophy is produced, then undone, to bring to light characterizations of the philosophy. Finally, the question to know if the non-philosophy has effects on philosophies is dissolved by the distinction of the notions of hypothesis and axiom.



Pages : 132

Prix : 12 euros

Voici quelques extraits des articles du dernier numéro de la revue



Fiction, une nouvelle rigueur

Extraits des numéros précédents

Clandestinité, une ouverture

La revue est parue le 10 avril 2009

Auteurs : Etienne Brouzes, Erik Del Bufalo, Jean-Baptiste Dussert, Christelle Fourlon, Gilbert Kieffer, Jean-Michel Lacrosse, Sylvain Letoffe, Xavier Pavie, Sathya Rao, Tanguy Rouaud
Pages : 104
Prix : 12 euros


Sommaire
- Vers une esthétique clandestine, Brouzes Etienne
Ce travail expose sept axiomes pour une esthétique clandestine à venir, entendue comme transformation de l'esthétique philosophique selon l'Un non-philosophique. Philo-fiction, pour l'Utopie et le Monde ; nous introduisons le postulat d'Identité (de l') Impossible en regard du réel forclos. Il s'agit ici, de faire valoir l'invention et l'hésitation créatrices comme fondements du Salut de l'Homme, de toute éternité. Ce discours est donc également eschatologique.

This piece of work outlines seven axioms for an underground aesthetics coming, understood as conversion of philosophical aesthetics, according to the non-philosophical One.
Fiction-Philo, for Utopia and the World.
We are introducing the postulate of Identity of the Impossible with the Barred Real opposite.
Here, it deals with enhancing creative invention and hesitancy as roots of Human Salvation for ever.
This discourse, of course, is eschatological as well.
- Clandestins sous le soleil, Del Bufalo Erik
Dans ce texte, on analyse les amphibologies libérales de la polémique dans les démocraties que vont du « débatisme » ou « philosophisme » jusqu’au Principe de Vexation Suffisante. Après on propose un autre sens de la polémique sous une forme non-philosophique.

In this paper we reckon the liberal amphibologies of political arguing in the liberal democracies. They go from debatism or philosophism to a Principle of Sufficient Vexation. Then we propose another direction to the political arguing in a no-philosophical outline.
- Le désert et le maquis. D’un état clandestin, Dussert Jean-Baptiste
Is the argument that to go underground is the symptom of an oppression on the social ground acceptable ? Is this event a philosophical and political decision, or the compelling result of any authority ? Does clandestineness justify anarchism ? To answer these questions, to dismantle this argument, we hope to have produced an "innovative" article, what means that we tried hard to submit some unexpected reasoning, and unacademic form or style. We indulged first in a free reasoning, trying to situate and delimite the space of clandestineness, introducing a kind of generic geo-ontology. Secondly, we used Deleuze and Guattari's words in "Anti-Œdipus" to put our conclusion to the test, i.e. we didn't quote it, but reemploy them as our own. This way of writing is an attempt to create a philosophical or philosophy fiction, that is also the most synthetic and less scholastic and dogmatic line.
- La petite misère du monde, Fourlon Christelle
La clandestinité désigne le caché. Pourtant, elle est bien un facteur de désignation de quelque chose, de l’existant, mais dès lors a posteriori. C’est là son principal lien à la philosophie, et en particulier à l’« aletheia » comme problématique de dévoilement.
Dans la perspective du « noein » heideggerrien, penser la clandestinité, c’est « prendre en garde » ce qui est laissé intact : l’immanent même, indépendant de tout procès philosophique de transformation.
La clandestinité prend donc en garde l’homme pris en chasse et désigné étranger pour la loi. Cet homme-là aussi précieux et prochain que moi-même : c’est en non-philosophie qu’elle le réconcilie, lui, le « pris en garde » qui n’a jamais changé, lui, l’homme.
L’ère technique contemporaine veut que l’homme prenne le mode d’être de ce qu’il produit. La clandestinité qui prend en garde l’intact représente le persistant et l’existant.
La clandestinité désigne la petite misère du monde qui signe le déséquilibre planétaire en plein jeu de venue et de retrait : la misère s’accroît au même rythme que la richesse du septentrion, dès lors s’y meut-elle pour mieux s’y retirer.

The secret nature shows the hidden. But it is something that is shown as well, some kind of existing, but a posteriori. Here is its main bond with the philosophical field, and especially with the “aletheia” as a disclosure problematics.
In Heidegger viewpoint of the “noein”, thinking the secret nature is taking care of what has been let intact : the pure immanent, out of any philosophical changing process.
Therefore the secret nature takes care of the pursued man, indicated as a foreigner by the law. This one as precious and close as I am: the secret nature reconciles him in Non-philosophy, this man , the « pursued » who has never changed, this one is the Man.
The technical time has come for the man who takes the way of being of what he products.
The secret nature which takes care of the intact represents the persistent and the existing.
The secret nature shows the little misery of the world which means the planetary imbalance in the main game of coming and leaving : misery crosses at the same rythm with the northern wealth, therefore it moves for it to hide better.
- Le symptôme de Clavileño, Kieffer Gilbert
L’extrait proposé est tiré de mon Second Manifeste, celui qui décrit la séparation entre l’esthétique et l’art. Vingt années auparavant j’avais écrit Le Manifeste de la peinture d’Illusion non-Euclidienne, pour transcrire ma technique picturale. Entre ces deux, j’ai rencontré François Laruelle, le concepteur de la Non-Philosophie. J’ai pu alors élaborer des outils pour visualiser très clairement la manière dont l’esthétique moderne et post-moderne avait usurpé les frontières de ses postulats et envahi l’art lui-même.
Car durant tout un siècle on nous avons trop appris à nous taire, à baisser les yeux, afin de laisser la place à de supposés spécialistes qui nous parlaient de l’art. C’est eux qui nous démontraient à force de pirouettes verbales que des choses que nous trouvions insipides, étaient en fait des formes d’art que nous n’étions pas préparés à comprendre. Nous n’étions pas loin alors de ressembler à Dom Quichotte dans le fameux épisode du second volume, quand quelques nobles rencontrés en chemin décident de lui jouer le tour de Clavileño. Ils apportent un cheval de bois qu’ils appellent Clavileño, affirmant que c’est un destrier magique envoyé par Malambruno pour rejoindre Dulcinée du Toboso, afin de la délivrer du charme qui la tenait prisonnière.

C’est ce qui nous arrive quand nous écoutons les explications des readymades, toutes ces sophistications conceptuelles d’un art qui ne dit rien par lui-même. Nous sommes dans la même situation que le vieil Hidalgo. Un rêve de grandes chevauchées fantastiques nous fait oublier que nous sommes assis sur de pauvres chevaux de bois.
Voilà pourquoi, chaque fois qu’on essaiera de me faire croire qu’un tableau monochrome, qu’un simple urinoir sont de l’art, j’y verrai le symptôme de Clavileño.
Et c’est la raison pour laquelle je ne pourrai plus marcher ces vieux sentiers de l’esthétique, qui ne sont rien de plus qu’un mirage philosophique, chargé d’induire ce que je nomme le symptôme de Clavileño.


This is an excerpt of a Manifesto of the severance between Aesthetics and Art. Twenty years ago I wrote the Manifesto of the painting of Non Euclidean Illusion to describe my technique. The difference between this Manifesto and the first one is the point of view. The first was inside painting as an art. The second is outside art itself. Between the two Manifestos I met François Laruelle, the inventor of French Non-Philosophy. At that moment I realized Aesthetics had usurped the frontiers of its natural postulates and invaded art itself.
Moreover, in the last century, we had to be quiet and silent, to lower our eyes, to let the so-called specialists speak about art, those who exposed learnedly that what we intuitively felt was ugly, was really a form of art we were not prepared to understand. We had to put up with so many things, and accept, and support the stupid incantation of “That’s art” and all its variants, the arbitrary mockery of the urinal, the most ridiculous pastiches of the readymades. Now the myth of Don Quixote speaks to us again. We remember an episode of the second volume, when the duke brings a wooden horse, supposed to be sent by Malambruno the magician to deliver the bewitched Dulcinea. Once he has got up on the horse, eyes bandaged, poor Don Quixote and his faithful Sancho are ridiculed by the aristocrats. One of them sets off fireworks, making them believe the fantastic horse has taken-off. Everyone laughs at the poor nobleman and the peasant... There is a timid clarity when Sancho underlines the paradox of the voices... How can one rise so high as one claims when the voices around remain so close?.. But he is also on the horse and follows his delirious Master...
When we hear about readymades, conceptual art, we are in the same situation as our good old hidalgo.
It is a dream as crazy as the Quixote’s. Dreaming of great rides could be nothing else than jumping on a wooden horse.
From now on, every time someone wants to make me believe that a black or white canvas, that a can, a urinal, are fine art, I will think of the symptom of Clavileño.

That is why we cannot walk this old way we called “art” any more, as we did before. Because we have to free ourselves from this kind of illusion bound to what we so pompously baptized “history of art” and which is nothing else than a philosophical mirage, which induces the symptom of Clavileño.
- Allons enfants de la clandestinité..., Lacrosse Jean-Michel
La clandestinité est une production due à l’activité de la Majorité, activité visant à supprimer l’identité d’une Minorité (à travers ses pratiques et ses valeurs).

"Clandestinity" is the consequence of the Majority's activity, this activity which tend to eliminate the Minority's identity - Minority's being -(through its practices and values).
- Les clandestins du « Mille-Plateaux », Letoffe Sylvain
Ce texte est une philo-fiction autrement dit une tentative pour travailler avec la philosophie en vue de lever sa suffisance. Il prend notamment pour matériau la schizo-analyse qui est une philosophie qui promeut la clandestinité comme style de vie. Le clandestin est encore philosophiquement pensé comme un habitant du monde. Le clandestin est encore un personnage conceptuel qui fonctionne avec d'autres entités, d'autres personnages. Il fait monde. On tente d'élaborer une pensée qui ne fasse pas monde, qui ne fasse pas du clandestin une pièce d'un appareil ou d'un système, une pensée qui fasse un usage clandestin de cette politique-monde, un usage qui n'obéit précisément pas à la suffisance de la philosophie.


This text is a philo-fiction ; that is to say a bid aiming at removing the self-importance of philosophy.
It particularly relies on schizo-analysis , which is a philosophy promoting secret nature as a lifestyle.
Clandestine people are still philosophically fancied as inhabitants of the world. Clandestine people are conceptual beings who operate with other entities, other characters. They make a network with the world.
We are trying to work out one thinking which does not insert them into a network, which does not turn out clandestine people as parts of a an apparatus or system, a thinking which clandestinely uses this world policy, which does not necessarily obey to the self-importance of philosophy.
- Clandestin et clandestin-en-Un, une tentative non-phénoménologique du clandestin, Pavie Xavier
Des propres mots de Husserl, la phénoménologie a pour ambition d'être une science rigoureuse. Par ce fondement établi, cette philosophie permettrait d'analyser ce qui l'entoure et d'atteindre son ambition première : le « retour aux choses mêmes ». Dès lors l'analyse de toutes choses, de tous êtres - ici celui du « clandestin » - devraient pouvoir être déterminée par la phénoménologie. Toutefois comment ne peut-on pas s'interroger sur la prétention d'une discipline qui montrerait l'accès à la connaissance « même » ? Néanmoins, on ne peut que reconnaître l'intérêt voire même la nécessité de cette quête. Comment donc conserver l'objectif de la phénoménologie tout en ôtant la suffisance de celle-ci ? C'est ce que nous proposons ici de regarder à travers la « non-phénoménologie » en s'appuyant sur la notion de clandestin.

Husserl himself said that the phenomenology was meant to be a rigorous science. Thanks to this establish notion this philosophy would allow to analyse one's environment and reach its goal: « go back to things themselves ». Thus analysis of all things or beings, in our case: the « Clandestin » should be determined by the phenomenology. However, it seems not possible not to wonder about the pretention of such a discipline which would show the way to knowledge itself ? Nevertheless, we can all but be aware of the interest and necessity of this quest. So, the question is: how can we maintain the goal of the phenomenology without this pretentiousness? That is what we propose to analyse throught the « non-phenomenology » using the notion of clandestine.
- Du subalterne à l’étranger. Esquisse d’une critique non-philosophique de la raison postcoloniale, Rao Sathya
L’objet de cet article est de procéder, selon une application restreinte de la fiction non-philosophique, à une comparaison entre la figure postcoloniale actuelle du subalterne et celle, à venir, du clandestin. Même si ces deux figures possèdent un certain nombre de points communs, elles se distinguent du fait de leur radicalité. Engageant à une critique radicale de la subalternité dans ce qu’elle a de philosophable, cet article se veut le préambule (à défaut d’en être la fiction en tant que telle) à une théorie non-coloniale du sujet.

This aim of this article is to compare, by making use of a restricted application of non-philosophical fiction, the actual postcolonial figure of the subaltern with that, to come, of the clandestine. Even though these figures apparently share common features, they are incommensurable on a deeper level. Committed to a radical criticism of subalternity as a philosophical by-product, this article paves the way for a non-colonial theory of the subject yet to be radically fictionalized.
- Le clandestin ou l’Autre utopique, Rouaud Tanguy
La pensée du clandestin est corrélative d'une pensée du lieu et, plus largement, constitue le symptôme de ce sans quoi il ne peut y avoir de pensée de l'Autre.
Concevoir le clandestin, c'est nécessairement penser les frontières à partir desquelles il se détermine. Mais c'est aussi et d'abord s'acharner à figurer l'altérité dans un espace intenable.
A la fois plus et moins qu'une pensée, le clandestin est un anathème, un concept introuvable en régime philosophique, l'index d'un non-lieu de la pensée.

Clandestine thinking is correlated to local thinking and more broadly frames symptoms of that without which no thinking of the Other is possible.
Designing clandestine thinking makes it necessary to draw the borders which shape it.
But it also means first striving in order to figure alterity in an untenable space.
Being both more and less than a thinking, clandestine thinking is an anathema, a concept not to be found within the philosophical discourse, and the index of a non-local spot and act of thinking.

Voici les prochains thèmes de la revue Philo-fictions


Traduction, une dernière fidélité

Pour son troisième numéro, la revue Philo-fictions est à la recherche de contributions théorisant les multiples configurations entre traduction, philosophie et non-philosophie. Ces contributions pourront porter notamment sur :

1) Les diverses modes d'appropriation de la traduction par la philosophie (en particulier dans ses usages déconstructionnistes et post-analytiques)

2) La non-philosophie comme traduction générique de la philosophie

3) Les problèmes de traduction posés par le « texte » non-philosophique et les conditions générales de la traductibilité de la non-philosophie

4) La réception de la non-philosophie hors de France et les formes que prennent à la fois la résistance à la non-philosophie et son accueil

5) Les formes de modélisation non-philosophique du traduire et les pratiques inédites que ces formes génèrent dans les domaines aussi divers que l'épistemologie, la logique, l'esthétique et l'éthique

6) Des exemples (éventuellement accompagnés de commentaires) de traductions de textes non-philosophiques ou bien de traductions(-fictions) d'autres textes effectuées selon les principes de la non-philosophie

7) L'analyse critique de traductions déjà existantes de la non-philosophie

8) L'élaboration d'outils facilitant la traduction de la non-philosophie comme des dictionnaires ou des lexiques bi-multilingues

9) Les conditions de l'organisation de la traduction de la non-philosophie : par exemple, faut-il standardiser la terminologie non-philosophique ?

Sathya Rao

Veuillez envoyer vos contributions en français et en anglais (.doc) à philofictions@onphi.org au plus tard le 30 octobre 2010.

La sortie du numéro est prévue pour janvier 2011